André Vacquier
 

TÉMOIGNAGES 14-18
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André VACQUIER
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Il était horrible d'être face à face, se regardant droit dans les yeux et de se dire : je dois le tuer, sinon il me tuera. Je ne l'oublierai jamais.

 
 

André VACQUIER

Je crois à l'immortalité de mon pays comme je crois à l'immortalité de mon âme.
Avec la force que donne la foi, il est facile de ne pas se courber sous les balles quand le devoir demande de marcher le front haut.

Avant-propos

André Vacquier a écrit cinq cents lettres et cartes à sa femme et à ses deux très jeunes filles, entre sa mobilisation le 1er septembre 1914, et sa disparition le 30 août 1918, victime d'une embuscade au cours d'une reconnaissance.
Ses lettres avaient été soigneusement conservées et classées par ma grand-mère. Je les ai retrouvées dans le grenier de sa maison, puis transcrites et regroupées dans quatre dossiers PDF, un par année de guerre : 1914-1915, 1915-1916, 1916-1917, 1917-1918.
Dès qu'elle eut connaissance de sa disparition, ma grand-mère mobilisa toute son énergie et ses nombreuses relations et connaissances afin de connaître les circonstances de l'enlèvement de son mari par l'ennemi, et savoir s'il était prisonnier, blessé mais vivant, ou mort.
Puis pour retrouver sa tombe. Il était enterré dans un petit cimetière allemand en pleine forêt vosgienne. Il fut exhumé une première fois, pour être transféré dans un caveau provisoire à Guebwiller... dans un cimetière civil, contrevenant totalement au règlement de l'époque, comme l'indique une lettre de la personne, habitante de Guebwiller, qui s'était très gentiment chargée de la seconde procédure d'exhumation pour transférer son corps à Montignac ! Ce volet est appelé "Disparu".
Quant à la très improbable lettre reçue d'Allemagne, écrite le 6 septembre 2007, 89 ans après la fatale embuscade, et les suites dues à cette révélation sont présentées dans le volet "2007".

J’ai transcrit toutes les lettres et documents avec le maximum de soin mais, les écritures étant parfois difficiles à déchiffrer, j’ai fait des erreurs, notamment avec les noms propres que je ne connaissais pas, et j’ai parfois dû sauter des mots, des noms, voire des morceaux de phrases. Ces sauts sont indiqués par (…).
Mes commentaires ou explications sont entre deux crochets [ ] et, en général, en italique.
En dépit de ces lacunes, les lettres ne sont aucunement dénaturées. Elles sont celles d’un officier de réserve, propriétaire terrien et avocat dans le civil, Périgourdin et fervent catholique, qui a été mobilisé à 41 ans et demi, marié et père de deux filles, de 5 ans et demi et de presque 3 ans.

Le courrier circulait étonnamment vite : 3 à 4 jours pour relier le front à la France profonde, et réciproquement, mais les retards et les pertes n’étaient pas rares, outre des passages par la censure et des changements de secteur pour lui et de résidence pour elle. Aussi, les dialogues étaient-ils rendus difficiles, notamment car il se passait au minimum une semaine entre les questions et les réponses en dehors du fait que sur le front et du côté de ma grand-mère, toujours très occupée, il n’était certainement pas évident de se concentrer sur l’écriture de ces lettres et de mémoriser le contenu des lettres précédemment émises et reçues. D’où beaucoup de répétitions et de récriminations de part et d’autre.
Mais, ce qui m’a beaucoup surpris, c’est de voir ces lettres, écrites souvent dans de très mauvaises conditions et par tous les temps, dans un état quasiment parfait, enveloppes comprises. Voilà d'ailleurs ce qu'en dit mon grand-père dans sa lettre du 10 janvier 1918 :
Que Dieu te protège ma pauvre Babeth ainsi que nos petites filles : je pense bien souvent à vous tous et t’écris aussi souvent que possible. Les taudis dans lesquels je me trouve ne permettent pas cependant des chefs-d’œuvre de littérature et de calligraphie.

Bien avant ce site, j'ai publié trois livres : "André Vacquier : L'ennemi retrouvé" en décembre 2014 puis, en octobre 2015, "Histoire d'une famille : 1450 - 2015", portant essentiellement sur ma famille maternelle, donc Vacquier. Enfin : "14-18 : Vie et mort d'un Officier du front" en septembre 2018, avec beaucoup d'extraits de lettres.
Par ailleurs, la petite-fille, Sonja Richter, de l'officier allemand qui commandait l'embuscade a publié en Allemagne : "Jenseits der Gräben : Ein deutsch-französisches Drama von Krieg und Freiden".

Précisions :
* J'ai une belle-fille allemande, une petite-fille (14 février 2008) et un petit-fils (30 juin 2010) Franco-allemands, et Australiens de naissance. La lettre d'Allemagne m'est parvenue peu de temps après l'annonce par mon fils et ma belle-fille de l'heureux événement qui se préparait ! Cette coïncidence ne pouvait pas me laisser indifférent.
* Valeurs du Franc : 336 € en 1914, 163 € en 1918, autour de 100 € en 1920-1924 d’après les indications de l’INSEE.

1450 : Année fondatrice de la famille Vacquier

Guerre de Cent Ans. Un gentilhomme écossais, Iankin Wackear, servait en qualité de capitaine à cotte d’armes dans les troupes anglaises sous les ordres de Sir Thomas Kyriel. Il fut fait prisonnier à la bataille de Formigny (ville de Normandie, proche de Bayeux) par le Connétable de Richemont et le Comte de Clermont qui commandaient les troupes du Roy Charles VII.
Cette bataille eut lieu le 15 avril 1450. Elle fit trois mille sept cents morts anglais et treize à quatorze cents prisonniers, dont notre gentilhomme écossais. Cette victoire permit à la France de récupérer la Normandie.
Rendu à la liberté, Iankin Wackear fit venir son épouse irlandaise, Ann McCarthy, puis ils s’établirent en Guyenne, province du sud-ouest qui était alternativement française et anglaise jusqu’à la victoire française de Castillon-la-Bataille, le 17 juillet 1453, victoire qui mit fin à la guerre de Cent Ans.
Cette région était très appréciée des Anglais pour son climat et sa douceur de vivre, mais plus encore pour ses vins qu’elle exportait par bateaux entiers vers l’Angleterre.
En 1454, les Wackear allèrent à Sarlat (au cœur du Périgord noir) pour y "prendre les eaux", très réputées à l’époque. Ils s’y plurent et s’y établirent.
Ils eurent deux fils, s’intégrèrent rapidement en dépit de l’histoire récente de la ville. Leur descendance occupa des positions sociales élevées dans cette ville qui, par ses foires et marchés, fut très prospère jusqu’à la guerre de Cent Ans, qui la ruina.
Prise et reprise plusieurs fois par les belligérants, elle devint exsangue et dépeuplée.
Pour la remercier de sa fidélité et de son âpre défense contre les Anglais (auxquels elle avait pourtant été cédée par le traité de Brétigny en 1360), le roi Charles VII lui accorda de nombreux privilèges, dont l’attribution de nouveaux revenus et l’exemption de certaines taxes. Cette manne permit à la ville de se reconstruire entre 1450 et 1500 et, notamment, d’édifier la plupart des "Hôtels" qui font aujourd’hui sa fierté, mais surtout son caractère et son succès touristique.
Ce qui laisse rêveur au regard de notre comportement cinq siècles plus tard, c’est de constater qu’un an seulement après la fin des hostilités, les anciens ennemis étaient bien accueillis !

Les Wackear prirent la nationalité française et francisèrent leur nom à la troisième génération. Ils se firent appeler Vaquier. Puis, certains descendants qui s’étaient installés en Charente firent ajouter un "c" devant le "q". Aujourd’hui, on trouve les deux orthographes.
À l’état civil, mon grand-père n’avait pas de "c", mais il en mettait un dans tous ses documents privés. Aussi trouve-t-on les deux orthographes selon qu'il s'agit d'un document officiel ou privé.
Il était l’un des descendants de la dix-huitième génération de Iankin et Ann Wackear-McCarthy et, faute de descendance mâle, le nom Vacquier s'est éteint pour cette branche avec la mort des deux frères André et Joseph.
À noter que, contrairement à ce que disent des généalogistes, le nom Vacquier ou Vaquier n’est pas, ou pas toujours, une variante normande ou picarde de vacher.

Sa vie avant la Grande Guerre

André Vacquier (16 février 1873 – 30 août 1918), eut une enfance sans histoire, passée jusqu’à l’âge de sept ans à Sarlat, cœur du Périgord noir, et dans un charmant manoir du XVe siècle situé au milieu des bois à six kilomètres de Sarlat.
Famille bourgeoise très pieuse, un oncle prêtre, un temps curé de Saint André devenu depuis Saint-André-d’Allas, la paroisse du manoir... et aussi celle de mon enfance.
Et, bien avant cet oncle, mais qui a beaucoup marqué la famille, un grand (trois fois) oncle maternel, le Père Guillaume-Joseph Chaminade (1761-1850), qui réussit à traverser les périodes révolutionnaires tout en exerçant son sacerdoce, clandestinement quand ce fut nécessaire car il refusa de renier son engagement au Pape. Il créa deux ordres : "Les Filles de Marie immaculée" pour les femmes et "Les Marianistes", ordre enseignant, pour les hommes et lui-même. Il fut béatifié le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II en même temps que les Papes Pie IX et Jean XXIII.

En 1880, deux frères célibataires de sa grand-mère paternelle, Jean-Édouard (1809-1889) et Jules Requier (1811-1891), originaires de Montignac, ville à 25 km de Sarlat, aujourd'hui connue pour la Grotte de Lascaux, y vinrent prendre leur retraite et souhaitèrent être entourés de leur sœur, Alexandrine, veuve depuis peu, et de sa famille : son fils, sa belle-fille et leurs cinq enfants.
Les oncles moururent respectivement neuf et onze ans plus tard et laissèrent leurs biens aux petits-enfants de leur sœur, biens conséquents qui furent les bienvenus. Jean-Édouard avaient été officier supérieur, passé par l’École Polytechnique et compagnon d'armes d'Henri d'Orléans, Duc d'Aumale, lors de la prise de la Smala d'Abd-el-Kader. Quant à Jules, il fut un haut magistrat et laissa à la postérité, en 1868, un traité des "Partages d'Ascendants".

André était le dernier d’une fratrie composée de trois filles puis de deux garçons. La fille aînée, Marguerite, refusa une demande en mariage pour entrer au Carmel, ordre cloîtré. Sa cadette, Paule, épousa l’infortuné soupirant de sa sœur, Albert Dutard, avec lequel elle eut quatre enfants. Quant à la troisième, Marthe, peu gâtée par la nature, elle resta célibataire et vécut essentiellement avec la famille d'André.
Les deux garçons se marièrent. Joseph, l’aîné, avec Louise Réjou. Ils n’eurent pas de descendance, contrairement à André, son cadet de cinq ans, qui épousa Élisabeth de Cézac. Ensemble, ils eurent d’abord un fils, Jean, en 1903 qui mourut à l’âge de trois mois, puis deux filles : Germaine à l’état civil, mais Nénette dans la vie courante, née le 17 février 1909, et Marguerite, dite Guiguitte pour ses parents et Guite pour ses proches et son mari, née le 26 août 1911.
André perdit son père à l’âge de dix ans tandis que sa mère lui survécut onze ans.

Il fit ses études secondaires, la première année au Collège Saint-Joseph de Périgueux, et les suivantes chez les Jésuites de Sarlat, d’un accès plus facile depuis Montignac.
À dix-huit ans, ses études secondaires terminées, il s’engagea dans l’infanterie pour quatre ans, puis pour deux années supplémentaires. Il effectua ensuite régulièrement des périodes militaires qui lui permirent d’atteindre le grade de lieutenant de réserve en 1907.
De retour à la vie civile en 1897, alors âgé de vingt-quatre ans, il entreprit des études de Droit qui lui permirent de devenir avocat. Il prêta serment à Bordeaux le 21 février 1900 et s’inscrivit au Barreau de Bergerac près du Tribunal d’instance. Il n’exerça guère cette profession, préférant s’occuper des propriétés dont il avait hérité.
Jusqu’à sa mobilisation, le 1er août 1914, il mena une vie plutôt facile dont il sut profiter avec une certaine insouciance. Une vie consacrée à la gestion de ses biens, à sa famille, à la chasse, à la vie sociale… dans une région, le Périgord, où il faisait bon vivre.

Sa Famille

En 1914, sa famille proche se composait de :
  • Sa mère, Ernestine, qui vivait le plus souvent avec son fils Joseph à La Grande Borie, à 30 km de Montignac.
  • Sa femme, Élisabeth (Babeth), aînée de la famille de Cézac, avait : un père, Tiburce, devenu veuf le 11 février 1914 ; un frère, Bertrand, non mobilisé pour raisons de santé ; une sœur, Marguerite (Margot), qui fut infirmière de La Croix Rouge, souvent non loin du front. Tous les trois vivaient au château d’Ajat à 30 km de Montignac.
  • Ses sœurs : Marguerite (carmélite à Périgueux) ; Paule, mariée à Albert Dutard, avait deux filles (Madeleine et Geneviève) et deux fils (Jacques et Pierre) ; Marthe, célibataire, vivait avec eux.
    - Madeleine, 30 ans en 1914, célibataire, se proposa pour être la marraine d’un soldat. Ils s’écrivirent, ne se rencontrèrent pour la première fois que vers la fin de la guerre… et se marièrent la paix revenue. André, son oncle, avait fait sa connaissance en 1916, l’ayant rencontré brièvement par hasard sur le front.
    - Geneviève avait épousé un Anglais en avril 1913, Anglais qui combattit en France.
    - Jacques, diplomate, fut mobilisé au Maroc puis en France.
    - Quant à Pierre, filleul d'André, était officier de marine. Il combattit en Méditerranée.
  • Son frère Joseph, qui vivait le plus souvent avec son épouse Louise (et sa mère) à La Grande Borie, berceau de la famille Vacquier. Il ne fut pas mobilisé pour des raisons d’âge et de santé.
  • Pour mémoire, leur fils Jean, né et mort en 1903. Ce drame fut ravivé pour lui par la guerre comme il l'évoque dans plusieurs de ses lettres.
  • Leurs deux filles de cinq ans et demi et trois ans lors de la mobilisation de leur père :
    - Nénette (1909-2005) eut une fille, Élisabeth (1932- ) ;
    - Guite (1911-1941, morte à la suite d'un accident de bicyclette) eut deux fils : Jean (1936-2007) et François (1940- ), l’auteur des recherches sur son grand-père, de livres et de ce site.

   

En septembre 1918, sa famille proche était toujours la même.
Elle avait seulement vieillie de quatre ans, endurait les conséquences économiques de la guerre, et pleurait un fils, un mari, un père, un frère disparu !

Sa Guerre

André Vacquier fut toujours apprécié et bien noté par ses supérieurs, aimé et respecté par ses hommes.
À deux reprises, il échappa miraculeusement à la mort, un obus ayant explosé à côté de lui. Le premier, le 3 novembre 1914, lui fit écrire à sa femme : « Depuis l’obus qui m’a manqué, je suis assuré contre tous les dangers ! » Le second, le 9 mars 1917, a bien failli lui être fatal... à cause d'une erreur de diagnostic d'un médecin !
Il le fut effectivement pendant près de quatre années au cours desquelles il fut très exposé dans les tranchées des fronts de Lorraine puis des Vosges, tranchées qui étaient de véritables "couloirs de la mort".
Puis, le 30 août 1918, il finit par être frappé par elle au cours d’une reconnaissance dans les Vosges, non loin du lac du Ballon de Guebwiller.
Il fut intercepté par une patrouille allemande, commandée par un jeune sous-lieutenant qui fut marqué à vie par leur corps à corps : Il était horrible d’être face à face, se regardant droit dans les yeux et de se dire : je dois le tuer sinon il me tuera. Je ne l’oublierai jamais !
Particularité de ce mortel face à face : le fils de l’officier allemand entra en contact en 2007 avec les descendants de sa victime par l’intermédiaire de la mairie de Montignac, lieu de résidence d’André Vacquier, afin de leur restituer des objets personnels conservés par son père et de leur donner le compte rendu de l’embuscade publié en octobre 1918 par le journal de l’armée allemande impliquée !
Cette initiative, totalement improbable, déclencha chez moi, son seul petit-fils encore vivant… et en instance d’être grand-père d’un enfant franco-allemand, le désir de m’intéresser à la guerre de mon aïeul dont je ne savais pratiquement rien et en tout cas rien de positif.
J’ai alors entrepris des recherches, sur Internet, dans les archives de l’armée, puis dans celles de ma grand-mère qui contenaient cinq cents lettres de son mari ainsi que les témoignages et les documents résultant des nombreuses démarches qu’elle entreprit dès qu’elle apprit sa disparition : il avait été emporté par l’ennemi, blessé mais vivant… ou mort ?

Les archives de ma grand-mère contiennent cinq cents lettres et cartes de mon grand-père, presque toutes lui étant adressées. Je les ai toutes transcrites ce qui représente deux cent quatre-vingts pages A4 dactylographiées en petits caractères. Si l’on ajoute celles qui ont été perdues et celles adressées à d’autres membres de sa famille, amis et relations, courriers qu’il évoquait régulièrement, nous devrions dépasser les mille, une par jour de campagne !
À ces mille, s’ajoutent celles qu’il écrivit aux familles de ses soldats, illettrés, blessés ou morts, et les innombrables rapports liés aux activités militaires, dont je rapporte un exemple.
Il dit à de nombreuses reprises qu’il n’aime pas écrire et qu’il doit le faire fréquemment dans de très mauvaises conditions, mais il suppliait ses correspondants de lui écrire souvent et avec beaucoup de détails, car leurs lettres ou cartes étaient pour lui un court instant d’humanité, d’amour ou d’amitié, dans un quotidien totalement inhumain, violent, éprouvant tant physiquement que moralement. Son seul plaisir dans une vie au-delà du supportable. Dans un environnement de terribles souffrances et de mort, même si ses rapports avec ses hommes et ses supérieurs étaient généralement excellents !

Très souvent, il relatait les horreurs commises par l’ennemi, à savoir les Boches, les Allemands, les Prussiens ou les "Alboches", néologisme évocateur, selon l’humeur du moment. Comme les guerres ne sont qu’accumulations d’horreurs et qu’il vaut mieux détester son ennemi pour avoir le courage de l’affronter dans un combat à mort, je n'ai "censuré" aucune des violences exprimées même si, aujourd'hui, nous sommes en paix et unis avec eux… et même si j’ai deux petits-enfants franco-allemands que j’admire et adore... mais que je tiens à l'écart de ces écrits.
Bien que je n'ai jamais eu à souffrir personnellement d'une quelconque guerre, je les ai toujours haïes, notamment pour ses violences absurdes et les profondes injustices entre les combattants et les "profiteurs", et je suis depuis toujours un inconditionnel de l’Union européenne, même si je désespère de la voir si faible et si mal traitée par la plupart des responsables politiques des pays qui la composent alors qu’elle est notre unique espoir d’une paix durable entre les pays de cette Union, voire avec les autres. Malheureusement, elle ne supprime pas les nationalismes exacerbés et les soifs de pouvoir à n’importe quel prix de ceux qui feignent d'ignorer ce passé fou…
Il est tellement plus facile et démagogique de critiquer que de faire, de détruire que de construire !

Mon grand-père voulait être tenu au courant de tous les faits et gestes de sa famille et, notamment, des nombreux problèmes auxquels était confrontée sa femme. Quand les retards s’ajoutaient au délai normal des lettres qui était de trois à quatre jours, le dialogue devenait difficile, soit parce que les instructions, recommandations, suggestions de mon grand-père arrivaient trop tard, soit parce que ma grand-mère n’en tenait aucun compte et qu’elle gérait ses affaires, qui étaient souvent les leurs, comme elle l’entendait, ce qu’il lui reprochait tout en l’acceptant faute de pouvoir faire autrement… et tout en la félicitant pour sa bonne gestion !
Certains passages n’ont pas grand intérêt sortis du cercle familial, mais qui ont été une réalité pour beaucoup de familles, comme ceux, qui concernent leurs problèmes financiers et leurs placements en actions et obligations françaises et étrangères qui s’effondrent et ne paient plus leurs coupons (dividendes ou intérêts).
On trouve aussi dans ses lettres des réflexions sur l’évolution de la société, de ses mœurs et des comportements scandaleux de certains politiques, comportements qui sont toujours d’actualité, un siècle plus tard.
Ceci étant, il faut bien avoir à l’esprit en lisant ses lettres qu’il appartenait à une bourgeoisie de province très catholique, traditionnelle et conservatrice et, somme toute, relativement privilégiée.
Peu de passages dans ses lettres relèvent de l’intimité de son couple. Je les ai conservés, non par voyeurisme, mais parce qu’ils sont partie intégrante de la vie des combattants mariés et des épouses.
La guerre de mon grand-père, comme celle de millions d’autres soldats et gradés, connut une succession d’affectations qui sont précisées dans son dossier militaire, mais pas toujours dans ses lettres, car il leur était interdit d’en faire état, même si, parfois, il rusait avec la règle, ou l’oubliait. Outre les missives perdues, et il y en eut manifestement un certain nombre, il y eut aussi celles qui furent arrêtées par la censure, les coupables étant rappelés à l’ordre et sanctionnés. L’une d’elles au moins dut subir ce sort, lettre qui aurait été fort intéressante, car il y décrivait sa vie dans les tranchées et ses activités, mais qui, malheureusement, n’est pas dans les archives de ma grand-mère. Celles qui étaient ouvertes et qui ne contrevenaient pas aux règles étaient envoyées au destinataire avec la mention du contrôle sur l’enveloppe.

Son dossier militaire

Engagé volontaire pour 4 ans le 13 avril 1891 [à 18 ans], puis se réengage pour 2 ans :
* A servi dans l’armée active pendant 6 ans, d’abord comme Soldat de 2e classe, puis à partir du 21 décembre 1891 au grade de Caporal, enfin au grade de Sergent à partir du 9 novembre 1892.

Réserviste et vie civile :
* Sergent fourrier de réserve à partir du 13 avril 1897 ;
* Régiment de Bergerac : Adjudant de réserve le 16 février 1899 ;
* 57e Régiment d’Infanterie de Libourne : Sous-lieutenant de réserve le 30 décembre 1899 ;
* 96e Régiment Territorial d’Infanterie (RIT) le 26 mars 1904 : nommé Lieutenant le 11 juin 1907.
* A toujours été noté comme un officier robuste, énergique, discipliné et connaissant bien les règlements.
* A accompli une période d’instruction du 27 mars au 5 avril 1912. Bon officier territorial, vigoureux, énergique, appliqué à ses devoirs et discipliné. Connaît et applique bien les règlements ; rendrait de bons services en campagne.
* A accompli une période d’instruction du 1er au 10 avril 1914. Bon officier de peloton, robuste, actif, énergique et dévoué, bonne instruction militaire. Très apte à conduire une section en campagne.
* Affecté au 95e RIT le 21 juin 1914.

Guerre de 14-18
* Campagne contre l’Allemagne et l’Autriche du 2 août 1914 au 30 août 1918.
* Rappelé à l’activité par décret de mobilisation générale le 1er août 1914, arrivé au corps le 2 août. Commande la 12e Compagnie. Part le 4 août pour le camp retranché de Toul et y arrive le 6 août. Il partira pour la région de Pont-à-Mousson le 21 septembre.


La suite est donnée avec ses lettres.

Note : J'ai aussi écrit et publié deux livres, l'un sur lui, ses lettres, sa guerre et tout ce qui a suivi sa disparition ; l'autre porte sur l'histoire de sa famille, de 1450 à 2015.

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